duminică, 9 ianuarie 2022

Proust

 

A la recherche du Paris de Proust

Le musée Carnavalet célèbre l’écrivain du Paris de la Belle Époque.

« Longtemps je me suis couché de bonne heure ». Cette phrase culte est en quelque sorte incarnée dans la chambre qui sert de charnière aux deux parties de l’exposition : son lit, recouvert de bleu, un panneau mural de liège pour étouffer le bruit, sa pelisse et sa canne, une montre à gousset, un plumier à tiroir, l’encrier et l’essuie-plume, des paperolles dévotement découpées par Céleste sur lesquelles il notait ses corrections, la Vue de Delft par Vermeer. Et la dernière photographie sur son lit de mort prise par Man Ray à la demande de Jean Cocteau, à côté d’un médaillon contenant une mèche de cheveux.

Mais l’objectif de Carnavalet n’est pas de commémorer le centenaire de la mort de l’écrivain. Musée de Paris, il a recherché dans sa vie (première partie) et son œuvre (seconde partie) des évocations de la capitale réaménagée par Haussmann. « J’avais toujours à portée de main un plan de Paris » lit-on dans Du côté de chez Swann. Un plan indique ses adresses favorites, domiciles et éditeurs, tailleur Charvet, place Vendôme, torréfacteur Patin, rue de Lévis, pharmacie Leclerc. Et s’il est clair qu’à la différence de Victor Hugo ou Émile Zola, son Paris n’est guère populaire, la peinture qu’il en donne est tout aussi précise.

Le parcours évoque les lieux auxquels Proust était attaché, des appartements des grands-parents à ceux dans lesquels il vécut de sa naissance en 1871 à sa mort, le 18 novembre 1922. Son enfance se déroule entre Auteuil, chez son grand-père, et la rive droite, où se regroupent aristocratie et bonne bourgeoisie, dont les médecins comme son père Adrien. Élève à Condorcet, puis à Sciences Po et à la Sorbonne, il est très jeune attiré par les mondanités et les salons. Le poète dandy Robert de Montesquiou lui ouvre les cercles aristocratiques du faubourg Saint-Honoré et de la plaine Monceau où il rencontre ses futurs personnages. Des photographies, lettres et vidéos redonnent vie à ses familiers, Robert, le frère complice, condisciples, aristocrates et dames du monde, Reynaldo Hahn avec lequel il noue une orageuse amitié amoureuse, Gaston Calmette, Émile Zola – présent dans Jean Santeuil – Anna de Noailles. Ou Léon Daudet qui, bien qu’antisémite, le soutient pour le Goncourt en 1919.

On se promène dans l’île Saint-Louis où vit Swann, « infamante » par sa proximité avec la Halle aux Vins ; au Café anglais ou au Ritz où Proust aimait dîner. On découvre sa curiosité pour la technique, tel le théâtrophone de Clément Ader qui permettait d’écouter à distance des opéras : il s’y abonna dès 1911 pour entendre Wagner ou Debussy retransmis. On apprend la fascination du salonnard pour les pionniers de l’aviation, son intérêt pour l’actualité, l’inondation de 1910 ou la visite en 1896 de Nicolas II, devenu roi Théodose dans la Recherche. On voit aussi son souci inattendu du pratique : en 1906, il demande conseil à une amie pour déménager son mobilier. Sans oublier le Paris de l’ombre et des secrets, des hôtels de rencontres, les rendez-vous des homosexuels. Des box, tout au long du parcours, permettent d’entendre de courts extraits évocateurs.

Depuis 1971 la petite ville d’Illiers, dans l’Eure-et-Loir, a accolé Combray à son nom en hommage à Proust, qui y passait ses vacances chez tante Léonie pourvoyeuse dominicale de madeleines ; il n’empêche : peu d’écrivains furent, dans leur vie et leur œuvre, aussi parisiens que lui.

Huguette Meunier


Marcel Proust, un roman parisien, jusqu’au 10 avril au musée Carnavalet-Histoire de Paris, 23 rue de Sévigné.

Informations et réservation sur le site du musée Carnavalet - Histoire de Paris .


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Exposition “Marcel Proust, un roman parisien” au musée Carnavalet – Histoire de Paris – Entretien avec Anne-Laure Sol

« Marcel Proust, un roman parisien » au Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Du jeudi 16 décembre 2021 au dimanche 10 avril 2022

 

 

 

Rencontre avec Anne-Laure Sol, conservatrice en chef du patrimoine, responsable du département des Peintures et Vitraux, musée Carnavalet – Histoire de Paris et commissaire de l’exposition.

 

 

HL- Le musée Carnavalet – Histoire de Paris consacre une grande exposition à Marcel Proust au moment où l’on commémore le 150e anniversaire de sa naissance. Etait-ce une évidence pour votre musée ?

 

ALS – Oui, d’abord parce que le Musée Carnavalet – Histoire de Paris a vocation à retracer l’histoire de la ville et de ses habitants, qu’ils soient célèbres ou anonymes. L’autre grande raison est que le musée conserve la chambre de Marcel Proust depuis 1973, grâce au collectionneur et bibliophile Jacques Guérin, qui fit don au musée du lit et de la pelisse à col en fourrure de l’écrivain. [À ce sujet, on lira avec profit l’excellente enquête de Lorenza Foschini, Le manteau de Proust (La Table ronde, 2012)].

 

 

Ce don a été complété dans les années 1980 par Odile Gévaudan, fille de Céleste Albaret, qui offrit une série d’objets ayant appartenu à Proust et cette année par Françoise Heilbrun, conservateur en chef au Musée d’Orsay, qui fournit un fragment du couvre-lit.

 

 

 

HL – Une belle histoire que celle de ce morceau de tissu qui servit de point de départ pour recréer l’atmosphère et la couleur de la chambre de Proust qui vient tout juste d’être rénovée ?

ALS – La couleur du couvre-lit a servi de point de départ à un travail de recherche mené de concert avec la Société des Amis de Marcel Proust pour retrouver la teinte bleue d’origine et recréer ainsi l’atmosphère nocturne de la chambre dans le parcours permanent du musée. C’est aussi grâce au mécénat de la maison Pierre Frey qui s’est chargé de la création de ces rideaux bleus qui plongent la chambre dans une sorte de nuit, telle que Proust devait l’apprécier.

On y trouve même un fragment des panneaux de liège qui recouvraient la chambre du 102 boulevard Haussmann. Il faut savoir que c’est la poétesse Anna de Noailles qui avait confié cette idée à Proust pour se protéger des bruits extérieurs.

Cette importante collection de reliques matérielles, toutes liées à la vie de l’écrivain, conjuguée à l’anniversaire de sa naissance donne tout son sens pour organiser une exposition sur la relation de Proust à Paris.

 

HL – Comment avez-vous conçu le parcours de votre exposition ?

ALS – Nous avons deux grandes parties qui constituent le Paris de Proust et le Paris du Narrateur, pour répondre à la dimension biographique qui figure dans la Recherche du temps perdu. La première partie de l’exposition retrace la biographie de l’écrivain et s’intéresse à sa famille, ses loisirs, ses centres d’intérêts, puis au boulevard Haussmann et au moment de la genèse de l’écriture de la Recherche, avec notamment l’évocation de sa chambre.

La deuxième partie de l’exposition s’intéresse davantage à la place de Paris dans le roman et aux principaux lieux rencontrés : les Champs-Élysées et le Bois de Boulogne en particulier. Ce sont la topographie ou les personnages qui matérialisent un aspect de la ville, comme les figures de Swann ou de Charlus par exemple.

Ce sont environ 280 œuvres qui sont réunies, mêlant des peintures, des sculptures, des œuvres graphiques, des photographies, des accessoires et des vêtements, des affiches, des manuscrits et des documents d’archives, provenant de collections publiques et privées, françaises et étrangères, donnant un ensemble particulièrement riche et varié.

 

Plan du Paris de Proust © Hôtel Littéraire Le Swann

 

HL – Comment avez-vous essayé de rendre les fameux « Cris de Paris » décrits par Proust dans son roman ?

ALS – Nous avons une section consacrée à ce morceau d’anthologie avec des photos d’époque et de très beaux dessins qui représentent tous ses petits métiers. Et nous avons fait en sorte que les visiteurs puisent entendre des extraits avec de nombreux dispositifs audio tout au long du parcours, assis ou debout devant les œuvres, enregistrés par des acteurs de la Comédie française ou par les Éditions Thélème.

 

Il y a aussi beaucoup de films et des documents archives, comme l’itinéraire de Roland Barthes dans Paris, ou encore le documentaire de Roger Stéphane, les images du mariage Greffulhe à l’église de la Madeleine sur lesquelles on aurait tant aimé que ce fut Proust ! Nous avons essayé de rendre les choses vivantes pour permettre aux visiteurs de trouver de grands repères.

 

 

HL – J’imagine que Céleste Albaret n’a pas été oubliée ?

ALS  – Oui bien sûr, Céleste Albaret est largement représentée, par une très belle photo appartenant aux collections de l’Hôtel Littéraire Le Swann et un extrait documentaire particulièrement émouvant, celui dans lequel elle raconte la dernière nuit de Proust.

 

 

Propos recueillis par Hélène Montjean

 

Le prix Céleste Albaret 2021 sera remis au musée Carnavalet – Histoire de Paris lors d’une soirée exceptionnelle le jour de l’ouverture de l’exposition, jeudi 16 décembre. Les invités pourront ainsi profiter d’une visite nocturne de l’exposition, un rêve pour tous les proustiens.

 

Musée Carnavalet, salle des enseignes

Musée Carnavalet – Histoire de Paris

23, rue de Sévigné
75003 Paris


duminică, 26 decembrie 2021

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Nabokov


Sept raisons pour lesquelles nous adorons Vladimir Nabokov


Tout le monde a probablement lu (ou du moins vu le film) Lolita, consacré à une adolescente qui a une liaison avec un adulte. Cet œuvre érotique a apporté un succès mondial à son auteur VladimirNabokov, mais a rendu impossible pour lui de recevoir le prix Nobel. Il est mort le 2 juillet 1977, après avoir changé de pays, fuyant d'abord les bolcheviks, puis les nazis. Nous avons décidé de comprendre pourquoi nous sommes reconnaissants envers cet intellectuel.

1. Le premier à avoir traduit en russe Les Aventures d'Alice au pays des merveilles

À l'âge de 20 ans, Nabokov a quitté la Russie soviétique avec sa famille, car lors des événements de la Révolution russe de 1917, son père s'est impliqué en politique et s'est opposé aux bolcheviks. Le jeune Nabokov a été envoyé pour étudier au Trinity College de l'Université de Cambridge, où il a fondé la Slavic Society (société slave), qui est ensuite devenue la Société russe de l'Université de Cambridge. Nabokov était fasciné par la poésie et fut le premier à traduire en russe Les Aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (qui a d’ailleurs son roman après avoir visité Saint-Pétersbourg, où Nabokov est né).

2. Auteur de huit romans remarquables en russe

Après ses études en Angleterre, Nabokov a déménagé à Berlin, où il a épousé Vera Slonim et où est né leur fils Dmitri - un homme très attaché à la sauvegarde de l'héritage de son père, à la traduction de ses romans et même à la publication de l'œuvre inachevée de Nabokov L'Original de Laura.

En raison de la séparation avec sa patrie, l'un des leitmotivs des œuvres de Nabokov était la nostalgie. Certains de ses romans, écrits en Europe en langue russe, reflètent son mal du pays, et sont également d'excellents témoignages de la façon dont vivaient les émigrés russes à Berlin et à Paris. Machenka (1926), La Défense Loujine (1930), Invitation au supplice (1938), Le Don (1938) et d’autres livres ont été publiés en Europe en russe et ont été très appréciés par la diaspora russe. Bien que les livres de Nabokov n'aient pas été publiés en Union soviétique avant la Perestroïka, ils sont désormais également considérés comme des chefs-d'œuvre en Russie.

>>> Trois raisons de lire les œuvres de l’auteur du Maître et Marguerite, Mikhaïl Boulgakov

Ses romans reflètent sa profondeur intellectuelle, ils racontent l'histoire d'une personne riche spirituellement en butte avec la vulgarité du monde extérieur. Il se plonge dans la métaphysique et voyage entre son imaginaire, les lieux berlinois, les souvenirs de sa patrie et le monde des gens ordinaires.

3. Conférences sur la littérature russe

En raison de l'antisémitisme croissant, Nabokov a d'abord quitté Berlin pour Paris, puis a fui l'Europe pour les États-Unis en 1940 à cause de l'avancée des nazis. En Amérique, il enseigne la littérature russe dans les universités, d'abord au Wellesley College, où il a fondé le département russe, puis à l'Université Cornell. Le texte intégral de ses conférences en anglais a été publié par Fredson Bowers avec son introduction. Après les avoir lues, on peut voir que Nabokov présente au public américain et repense intellectuellement les classiques les plus importants de la Russie : Nikolaï Gogol, Ivan Tourgueniev, Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï, Anton Tchekhov et Maxim Gorki.

4. Un célèbre chasseur de papillons

En plus de son travail en tant que professeur de littérature, Nabokov a participé à la conservation de la collection de papillons du Musée de zoologie comparée de l'université Harvard. Il était tout simplement obsédé par les papillons et en a collectionné un grand nombre - après sa mort, sa propre collection a été donnée à l'université de Lausanne par sa femme Vera. Il a écrit plus de 25 articles et brochures sur la lépidoptologie et a compilé une nouvelle classification des papillons de la sous-famille des polyommatinae. 

Au total, ces insectes ont été mentionnés dans ses œuvres environ 570 fois. Il existe plusieurs études sur l'influence des papillons sur son art - et les spécialistes de la littérature disent que certains des papillons que Nabokov dépeint dans ses romans comportent des allusions de la vie réelle. Par exemple, dans le roman Le Don, un papillon jaune survole les lieux de Saint-Pétersbourg qui rappellent à l'auteur son père, et dans son autobiographie Autres rivages, la route du machaon symbolise le chemin du grand-père de Nabokov, un décembriste révolutionnaire, qui a été exilé en Sibérie.

>>> Andreï Platonov: écrivain le plus soviétique de toute l'URSS, devenu paria pour sa satire

5. Traduction d'Eugène Onéguine en anglais

L'un des moments les plus difficiles pour tout traducteur travaillant avec la langue russe est le roman d'Alexandre Pouchkine en vers Eugène OnéguineNabokov a réussi à terminer la traduction, bien qu'il ait refusé de suivre la structure de Pouchkine, déclarant que le maintien de la rime et du rythme d'origine tuerait simplement l'esprit du poète et l'essence littéraire du roman. Nabokov a fait donc une traduction littérale en prose, accompagnée de commentaires détaillés en deux volumes. Les chercheurs ont ensuite activement utilisé son travail fondamental. 

En plus d'Eugène OnéguineNabokov a traduit un autre roman classique - Un héros de notre temps de Mikhaïl Lermontov. Il a également été le premier à traduire Le Dit de la campagne d'Igor, une œuvre littéraire datant du XIIe siècle écrite en ancienne langue slave.

6. L'auteur du roman à scandale Lolita

Ce roman occupe la quatrième place dans le classement des meilleurs romans de langue anglaise du XXe siècle (Modern Library 100 Best Novels) et la vingt-septième place dans la liste français Les cent livres du siècle proposée par des journalistes du Monde et des libraires de la Fnac. 

Lolita lui a valu un succès mondial et a donné naissance à plusieurs spectacles et productions. Il a écrit ce livre en anglais puis s'est traduit lui-même en russe.

7. Intellectuel et génie

Nabokov était un homme d'une grande intelligence, comme vous pouviez l’imaginer. C'était un scientifique, il parlait couramment trois langues (« Ma tête parle anglais, mon cœur russe et mon oreille français », dit-il), il écrivait, enseignait, traduisait. Mais de plus, il était capable de synesthésie - par exemple, il pouvait non seulement entendre la musique, mais la voir, ou avait un sentiment concret de la façon dont différents sons et lettres devaient être colorés. C'est une chose assez rare - Isaac Newton, Johann Wolfgang von Goethe ou encore Carl Jung possédaient des capacités similaires.

>>> Alexandre Blok, ce grand poète russe détruit par la révolution

Un autre fait curieux à propos de Nabokov est qu'il a écrit ses romans sur des cartes que lui seul pouvait comprendre. C'est pourquoi son dernier roman inachevé, L'Original de Laura, publié par son fils, qui a tenté d’ordonner ces cartes, s’est attiré de nombreuses critiques, certains étant en désaccord avec l’ordre du texte.

Nabokov était également un fan d'échecs et a créé plusieurs combinaisons à ce jeu. Certains de ses romans mentionnent les échecs ou les ont comme motif. Par exemple, le protagoniste de la Défense Loujine est un maître d'échecs.

Dans cette publication découvrez dix excellents romans pour mieux comprendre l'histoire russe.

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Maître du style, grand poète, entomologiste de renom et brillant écrivain bilingue dont les romans ont été adaptés au cinéma et à la scène… L'un des géants littéraires du XXe siècle, Vladimir Nabokov, a réalisé dix-sept romans en cinq décennies, chacun occupant une place à part dans le monde de la littérature russo-américaine.

Les romans de Nabokov devraient être accompagnés d'un avertissement qui dit : « Attention, addictif ! ».Écrits dans un style saisissant, ils doivent être lus et relus maintes et maintes fois, donnant à chaque fois naissance à de nouvelles significations et interprétations. L'inimitable langue nabokovienne a le pétillant du champagne, le tout relevé par la sagesse de la cannelle.

Vladimir Nabokov (1899-1977) disait qu'il rêvait de faire de ses lecteurs des spectateurs. Son rêve s’est réalisé de son vivant. L'écrivain a propulsé ses lecteurs dans l'abîme sémantique de ses textes. Lire Nabokov peut sembler un défi linguistique de prime abord. Mais ensuite, au bout de quelques pages, on s'y habitue, et les contradictions s'évanouissent comme des papillons qui s'envolent. « La littérature et les papillons sont les deux passions les plus douces connues de l'homme », a déclaré Nabokov, qui possédait une collection de plus de 4 300 papillons exotiques et rares. « J'ai découvert dans la nature les délices non utilitaires que je recherchais dans l'art. Les deux étaient une forme de magie, un jeu d'enchantement et de tromperie complexes ».

17Machenka (1926)

Machenka parle du premier amour, de nostalgie douce-amère et de regrets. Le premier roman de Nabokov, initialement intitulé Bonheur, contient de nombreux détails autobiographiques. Le récit se déroule dans une pension de famille russe à Berlin. Le protagoniste, l'émigré Lev Ganine, est pris au dépourvu lorsqu'il découvre que la femme de son voisin est son premier amour, Machenka. Ganine élabore un plan sournois pour la rencontrer dans une gare après de nombreuses années. Marie est le souffle du passé, symbole onirique d'une époque révolue et du bonheur, autrement dit « toute sa jeunesse, sa Russie ». Au dernier moment, Ganine décide que le voyage dans le temps est impossible et abandonne à jamais Berlin et Machenka. « Le bonheur épais du premier amour est unique », notera plus tard Nabokov dans Rire dans la nuit.

Nabokov a commencé à écrire Machenka en 1924. À la fin de l'année, deux chapitres avaient été rédigés, mais l'écrivain a détruit le manuscrit, ne conservant qu'un fragment qui a été publié en janvier 1925 sous le titre Une lettre à la Russie. Nabokov revint à l'idée d'écrire le roman au printemps 1925, après avoir épousé Vera Slonim, à qui il dédia finalement le roman. Il a été publié à Berlin en 1926 sous le nom de plume de Vladimir Sirine.

>>> Cinq livres courts pour découvrir la littérature russe classique

16. Regarde, regarde les Arlequins ! (1974)

« Je suis un écrivain américain, né en Russie, éduqué en Angleterre, où j'ai étudié la littérature française avant de m'installer en Allemagne pendant quinze ans… Mon esprit parle anglais, mon cœur parle russe et mon oreille parle français », a déclaré Vladimir Nabokov à propos de lui-même. Écrit en anglais, Regarde, regarde les Arlequins !, le dernier roman achevé de Nabokov, évoque un célèbre écrivain russo-américain nommé Vadim Vadimovitch N., qui se souvient d'une série d'histoires personnelles, de ses mariages et amours infructueux, ainsi que d'un voyage épique en URSS avec un faux passeport. Nabokov, qui n'avait jamais visité la Russie après le départ de sa famille du pays en 1919, a tiré de précieuses informations de l’expérience de sa sœur Elena, qui est retournée plusieurs fois dans sa Leningrad natale (aujourd'hui Saint-Pétersbourg) dans les années 1960.

15. La Transparence des choses (1972)

Bien que l'intrigue soit assez complexe, vous lirez probablement cette courte œuvre en 90 minutes, en regrettant qu'elle ne soit pas un peu plus longue. Écrit cinq ans seulement avant la mort de l'écrivain, La Transparence des choses est la dernière méditation de Nabokov sur l'amour, la mort et le temps, pleine d'une ironie amère et de réflexions philosophiques. Comme celle-ci : « On suppose généralement que si l'homme établissait le fait de la survie après la mort, il résoudrait aussi, ou serait en passe de résoudre, l'énigme de l'Être. Hélas, les deux problèmes ne se chevauchent pas ou ne se mélangent pas nécessairement. »

14. Ada ou l’ardeur (1969)

Attention : c'est le roman le plus long et le plus complexe de Nabokov. Rempli d'énigmes, de paraboles et d'allusions, il est quelque peu déroutant. Ada ou l’ardeur est rude en ce sens que le livre a ses moments de pur génie, alors que parfois il souffre de redondances. Donc ce n'est pas un roman pour tout le monde. Par exemple, l'auteur de La Flèche du temps, le romancier britannique Martin Amis, a reconnu : « Au moins une demi-douzaine de fois j'ai essayé de lire Ada, mais j’ai rapidement abandonné. » L'intrigue du 15e roman de Nabokov tourne autour d'une liaison incestueuse entre Ada et Van, sœur et frère, dans le cadre idyllique d'une planète fictive appelée Antiterra.

13. La Méprise (1934)

Hermann, un marchand allemand d'origine russe, prépare un crime qui est en passe de devenir un véritable chef-d'œuvre d'ingéniosité. Il s'avère cependant que la vie elle-même est le jeu le plus ridicule, sa plausibilité déformant souvent la réalité.

Après que La Méprise de Nabokov a paru en 1936, le poète et critique russe littéraire Gleb Strouve avait déclaré : « Quelle est la principale propriété de la créativité de Sirine (le pseudonyme de Nabokov, ndlr) ? Je le définirais comme un arbitraire créatif joyeux et conscient. Aucun autre écrivain ne vous donne une impression aussi écrasante de pouvoir créatif et magiquement léger sur son monde. Sirine ne représente pas la vie, il crée dans un plan parallèle à celle-ci. » En effet, Nabokov n'avait pas son pareil pour capturer un amalgame de sensations humaines.

12. Le Guetteur (1930)

Écrit à Berlin, Le Guetteur est l'une des œuvres les plus mystérieuses et les plus spirituelles de Nabokov, dans laquelle les caractéristiques distinctives du style de l'écrivain mature se sont pleinement manifestées. Écrit à l'origine en russe, c'est le roman virtuose le plus court de Nabokov. Le personnage principal, un émigré russe vivant à Berlin, est passé à tabac par le mari jaloux de sa maîtresse. Incapable de survivre à l'humiliation, le protagoniste décide de se suicider, mais ne parvient qu'à se blesser. Son expérience émotionnelle de mort imminente bouleverse la vie du protagoniste. Le Guetteur est souvent comparé aux Carnets du sous-sol de Fiodor Dostoïevski et il n'est pas difficile de comprendre pourquoi. Les deux abordent l'essence de la vie humaine. « Il y a un plaisir émouvant à regarder en arrière et à se demander : "Que serait-il arrivé si…", et à substituer un événement fortuit à un autre, en observant comment, à partir d'un moment gris, stérile et monotone de sa vie, se développe un merveilleux événement rose qui, en réalité, a échoué à fleurir... ».

>>> Sept scènes de séduction tirées des œuvres de la littérature russe

11. Brisure à senestre (1947)

Le deuxième roman de Nabokov écrit en anglais se tient aux côtés du Procès de Franz Kafka et de 1984 de George Orwell pour son éclat stylistique, sa beauté intellectuelle et sa profondeur philosophique. Le titre de ce roman dystopique dérangeant est associé à l'attitude de Nabokov envers le « monde menaçant des gauchistes », la propagation du communisme et du fascisme. Les événements du roman complexe se déroulent dans un pays sans nom, dans la ville de Padoukgrad, où un régime dictatorial vient d'être établi à la suite de la révolution. Le « Parti de l'homme moyen » au pouvoir est dirigé par le dictateur Padouk. Adam Krug, un philosophe vénéré, est invité à soutenir le parti, dirigé par son ancien camarade de classe. Et s'il dit non ? « Rien sur terre n'a vraiment d'importance, il n'y a rien à craindre et la mort n'est qu'une question de style, un simple dispositif littéraire, une résolution musicale », a écrit Nabokov, plusieurs fois nominé pour le prix Nobel de littérature, dans Brisure à senestre.

10. La Vraie Vie de Sebastian Knight (1941)

C'est le premier livre écrit par Nabokov en anglais. « Sebastian Knight est né le 31 décembre 1899 dans l'ancienne capitale de mon pays. » La phrase d'ouverture de l'histoire est prononcée par le demi-frère de Sebastian, désigné dans le roman par l'abréviation « V ». Sebastian Knight est un célèbre écrivain russe, qui écrit en anglais et est décédé dans un hôpital parisien. V. restaure et déconstruit la vie de son frère, pièce par pièce, donnant vie au roman complexe et multicouche de Nabokov.

9. L’Exploit (1932)

Le cinquième roman de Nabokov traite de la formation du caractère et de la maturité. « Les grands romans sont avant tout de grands contes de fées… la littérature ne dit pas la vérité mais l'invente », a déclaré l'écrivain. Les motifs de conte de fées dans L’Exploit sont liés au protagoniste, un jeune homme romantique fasciné par le monde des contes de fées et des légendes chevaleresques depuis sa plus tendre enfance. Martin Edelweiss est à moitié suisse. Né à Saint-Pétersbourg où il a grandi, il est contraint de quitter la Russie pour l'Europe avec sa mère après la révolution. Il voyage beaucoup, joue au tennis (Nabokov était un grand fan de tennis), étudie la philologie à Cambridge et tombe amoureux de Sonia, mais ce sentiment n'est pas réciproque. Pour conquérir sa bien-aimée, le jeune homme doit affronter la peur et faire quelque chose de risqué. Nabokov a déclaré que L’Exploit parlait de « surmonter la peur, le triomphe et la béatitude de cet exploit ».

8. Roi, dame, valet (1928)

Vie conjugale, adultère et traitrise, quoi de plus banal ? Pas pour un écrivain casse-cou comme Vladimir Nabokov, un maître du suspense de haute voltige. Jongleur de talent, Nabokov transforme le scénario apparemment trivial en casse-tête trépidant que l’on dévore de bout en bout. Le pauvre Franz arrive dans la capitale allemande pour travailler avec son oncle aisé et tombe amoureux de sa femme oisive, Martha, de 13 ans son aînée. Le deuxième roman de Nabokov écrit en russe campé à Berlin vous épatera par une fin inattendue. Roi, dame, valet est un jeu d’équilibre entre banalité des clichés littéraire et parodie pleine d’esprit. C'est aussi la réponse peu orthodoxe de Nabokov à Crime et châtiment de Fiodor Dostoïevski.

>>> Cinq chefs-d'œuvre intemporels d'Anton Tchekhov

7. La Défense Loujine (1930)

C'est un roman habilement conçu sur un joueur d'échecs russe qui est obsédé par les échecs au point qu’il perd progressivement tout contact avec la réalité. Dans La Défense Loujine, Nabokov fait d'une pierre deux coups. Il décrit avec brio la métamorphose fantasmagorique du protagoniste, dont le nom complet n'est mentionné que dans la dernière phrase du roman et remodèle la vision du monde du lecteur de telle sorte que nous commençons à voir le roman entièrement à travers le prisme du jeu d'échecs. Échec et mat, sans le moindre doute !

6. Rires dans la nuit (1933)

Le thriller le plus fringant et le plus désespéré de Nabokov se déroule en Allemagne dans les années 1920. Il a été écrit à l'origine en russe (Nabokov l'a ensuite traduit lui-même en anglais). Rires dans la nuit raconte l'attraction fatale d'un critique d'art allemand prospère, riche et marié, nommé Bruno Kretschmar (Albert Albinius dans la version anglaise du roman) pour une jeune starlette en herbe nommée Magda Peters (Margot), qui rêve d'Hollywood et travaille comme ouvreuse dans une salle de cinéma. La jeune ambitieuse oblige le protagoniste à quitter sa femme et sa fille, mais plus tard, elle détrousse Bruno en tandem avec son nouvel amant. Kretschmar a un accident de voiture, devient aveugle et meurt. Nabokov a décrit Rire dans la nuit comme son « pire roman ».

« Il n'est pas particulièrement bon. Il est un peu grossier... », a-t-il déclaré. Et pourtant, l'écrivain a noté, dans une interview au New York Times, que c'était « le seul livre qui me rapportait un peu d'argent de temps en temps ».

5. Invitation au supplice (1935)

C'est le dernier roman de Nabokov écrit en Allemagne avant de déménager en France en 1937. Alors que la sombre réalité de l'Allemagne nazie se reflète dans sa grande œuvre, Nabokov s'est opposé à ce que l’on décrive son roman comme un pamphlet politique. L'écrivain considérait Invitation au supplice comme son meilleur ouvrage et son « seul poème en prose ». Quel que soit le qualificatif, une chose est sûre : c'est un chef-d'œuvre intemporel sur la tyrannie de la trivialité (ou, plutôt, « pochlost’ » en russe, la seule chose que Nabokov méprisait vraiment) et sur la façon de la combattre avec l'aide de « l'ancien art inné de l'écriture ».

4. Pnine (1957)

Pnine est souvent considéré comme le roman le plus humaniste de Nabokov, empreint d'une ironie innocente et de compassion pour le personnage-titre charmant et maladroit, le professeur Timofeï Pnine. Emigré russe, Pnine se retrouve aux États-Unis en ayant tout perdu (sauf sa passion pour la science) dans la vie. Il garde des souvenirs chaleureux de sa maison à Saint-Pétersbourg, de son premier amour et de son mariage raté. « L'histoire de l'homme est l'histoire de la douleur », a écrit Nabokov. Ce qui est amusant, c'est que bien que la vie de Pnine soit assez pathétique, le protagoniste se retrouve constamment dans des situations comiques, inspirées par l’expérience d'enseignement de Nabokov au Wellesley College et à l'Université Cornell.

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3. Le Don (1938)

Le dernier tour de force de Nabokov écrit en russe est largement considéré comme le summum de sa création. Il a mis quatre ans à écrire cette œuvre. Philosophiquement parlant, c'est une métafiction qui décrit les rouages ​​de la création d’un texte. Le roman a une structure en mille-feuilles qui donne matière à réflexion. Le Don est aussi un récit sur la vie et la mort et la place de l’artiste dans l’histoire. Après avoir lu le roman, le traducteur Georgy Hessen a déclaré à Nabokov : « Je viens de lire ton Don et je veux te dire : tu es [un] génie ! Si tes échecs, ton tennis ou ton football ressemblaient de loin à ton écriture, vieille canaille, tu pourrais faire passer Alekhine [champion du monde d’échecs] pour un fanfaron […] et reléguer Hiden [Rudolf 'Rudi' Hiden, l'un des meilleurs gardiens de but du XXe siècle] gardien de réserve dans n'importe quelle équipe professionnelle. » Étant donné que Nabokov était un brillant joueur d'échecs et un assez bon gardien de but, la critique ironique de son ami résumait vraiment tout.

2. Feu pâle (1962)

L'un des chefs-d'œuvre les plus extravagants jamais créés, Feu pâle occupe une place particulière dans la littérature mondiale. Son genre est difficile à définir (certains critiques littéraires le classent comme un « anti-roman »). Feu pâle se compose de quatre parties : l'avant-propos de l'éditeur ; un poème de 999 lignes de John Shade, un commentaire gargantuesque et un index supplémentaire rédigés par une connaissance de Shade, Charles Kinbote.

Feu pâle est répertorié parmi les 100 romans en langue anglaise les plus importants de tous les temps par le Time Magazine. On peut difficilement le qualifier de roman, cependant. S'il prétend être un texte purement philologique truffé d'allusions décalées, il s'agit en réalité d'une réflexion sur les distorsions et les frictions qui surviennent inévitablement entre l'auteur et ses lecteurs.

1. Lolita (1955)

Nabokov a écrit son roman le plus célèbre en anglais et l'a traduit en russe douze ans plus tard. L'histoire d'un homme adulte (Humbert Humbert) qui perd le nord au sens moral et trouve l'amour de sa vie sous la forme d'une jeune fille de 12 ans nommée Lolita a brisé les conventions et les tabous. Lolita n'est pas un roman sur le péché, mais une saga d'obsession, d'engouement et d'autoflagellation. La relation perverse entre Lolita (que Nabokov appelait « ma pauvre fille ») et le pédophile Humbert Humbert, qui se déplacent d'un motel à l'autre comme dans un road movie classique, est souvent considérée comme une métaphore plus grandiose de la collision de l'ancien et du nouveau monde, la vieille Europe décrépie et la jeune et provocatrice Amérique.

Lorsqu'on a demandé à Nabokov lequel de ses livres avait été le plus difficile à écrire, il a immédiatement a répondu : « Oh, Lolita, naturellement ».

« Je n'avais pas les informations nécessaires, c'était la difficulté initiale. Je ne connaissais aucune fille américaine de 12 ans et je ne connaissais pas l'Amérique ; j'ai dû inventer l'Amérique et la Lolita. Il m'avait fallu environ 40 ans pour inventer la Russie et l'Europe occidentale et maintenant j'étais confronté à une tâche similaire, avec moins de temps à ma disposition », a déclaré Nabokov dans une interview avec Playboy Magazine.

Nabokov a travaillé sur Lolita pendant environ huit ans, avec de fréquentes interruptions. L'écrivain a eu des accès de désespoir et aurait même voulu brûler le brouillon du roman à un moment donné. Heureusement, sa sage épouse Vera est intervenue juste à temps...

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Simon Sebag Montefiore